Dette française : Moody’s maintient la note mais alerte sur un risque politique croissant
Moody’s a annoncé le maintien de la note souveraine de la France à Aa3. Derrière ce statu quo apparent, le message de l’agence est nuancé. L’analyse de Slim Souissi, Maître de conférences en finance à l’IAE Caen-Université de Caen.
© Slim Souissi
Slim Souissi, Maître de conférences en finance à l’IAE Caen-Université de Caen et co-auteur de l’ouvrage "La dette publique : monétisation, notation et restructuration".
Tout d’abord, il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une décision de notation mais d’une revue périodique : la note souveraine est maintenue à Aa3, assortie d’une perspective négative. Autrement dit, Moody’s ne modifie pas son appréciation immédiate, mais continue de signaler un risque de dégradation à moyen terme.
Des fondamentaux solides
Sur le fond, l’analyse reste équilibrée. Moody’s met en avant des fondamentaux solides : une économie diversifiée, un niveau de richesse élevé, une capacité d’absorption des chocs importante et des institutions publiques de qualité. Ces éléments continuent de soutenir la crédibilité financière de la France sur les marchés.
En revanche, le point central du communiqué est clairement d’ordre politique. L’agence insiste sur la fragmentation du paysage politique et les difficultés à dégager des majorités stables, ce qui pourrait freiner la mise en œuvre des ajustements budgétaires nécessaires. C’est aujourd’hui le principal facteur de risque identifié.
Finances publiques : un manque de visibilité au-delà de 2026
Sur le plan des finances publiques, la trajectoire à court terme est jugée relativement crédible : le déficit 2025 a été légèrement meilleur qu’anticipé et l’objectif de 5 % du PIB en 2026 paraît atteignable. En revanche, Moody’s souligne un manque de visibilité au-delà de 2026, avec un risque élevé de blocage politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. La stabilisation de la dette autour de 119 % du PIB reste donc conditionnée à des arbitrages futurs incertains.
Par ailleurs, la remontée des taux d’intérêt constitue un point de vigilance important. Si elle devait se prolonger, elle pèserait sur la soutenabilité de la dette via une dégradation des conditions de financement de l’État.
Enfin, l’environnement international demeure un facteur de risque. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, pourraient affecter la croissance, via les prix de l’énergie et le commerce mondial, même si le scénario central de Moody’s reste celui d’un impact contenu.
La France saura-t-elle conduire les ajustements nécessaires ?
Au total, le message de Moody’s est clair : la situation économique française reste solide à court terme, mais les incertitudes politiques et budgétaires fragilisent la trajectoire de moyen terme. La question clé n’est plus tant la capacité économique du pays que sa capacité politique à conduire les ajustements nécessaires.
