Immobilier : Ce que les délais de vente révèlent vraiment du marché
Les prix immobiliers progressent dans plusieurs grandes villes en mai. Mais les délais de vente et la remontée des taux montrent une reprise encore contrastée selon les territoires. Décryptage des principaux enseignements du dernier baromètre SeLoger-Meilleurs Agents.
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- Marseille, Montpellier, Nantes, Rennes et Toulouse enregistrent les plus fortes hausses de prix en mai du Top 11.
- Paris, Lyon et Nantes voient leurs délais de vente reculer, signe d'un retour des acheteurs.
- Rennes reste le marché le plus tendu avec 107 jours nécessaires pour vendre un bien.
- Malgré la remontée des taux, l'achat reste compétitif face à la location dans de nombreuses villes.
Le marché immobilier enregistre en mai 2026 parmi ses variations mensuelles les plus fortes depuis le début de l’année. Marseille, Montpellier, Rennes, Nantes et Toulouse signent les hausses les plus marquées du Top 11, tandis que Bordeaux et Lille continuent leur correction en mai.
La France entière affiche −0,2 % depuis janvier 2026 : la reprise des grandes villes ne suffit pas encore à faire basculer l’Indice des Prix Immobiliers (IPI) national en territoire positif.
Au-delà de ces évolutions de prix, les délais de vente permettent également de distinguer des situations de marché bien distinctes révélant ainsi une reprise hétérogène.

Délai de vente : trois profils de marché se distinguent
Un délai de vente en baisse signale un marché où les transactions sont facilitées par les accords trouvés plus rapidement entre vendeurs et acquéreurs.
À l’inverse, plus les négociations sont difficiles, plus les délais entre la publication de l’annonce et la vente du bien s’allongent. Les évolutions de ces délais sur les trois derniers mois croisés avec les variations de prix sur la même période permettent de distinguer trois configurations de marché. La configuration la plus favorable avec prix en hausse et des délais de vente en baisse rassemble cinq villes du Top 11 : Paris, Lyon, Marseille, Montpellier et Nantes.
Dans ces marchés, les prix progressent sans que la demande ne fléchisse. Paris enregistre −6 jours sur trois mois (de 72 à 66 jours), signal le plus net de retour des acheteurs dans la capitale. Nantes affiche le délai de vente le plus court et réduit de toutes les grandes villes, à 62 jours (−14 jours sur trois mois) : la ville qui avait le plus corrigé ses prix entre 2022 et 2024 s’inscrit désormais dans une phase de reprise. Montpellier affiche −6 jours sur trois mois, mais son délai de vente s’est allongé de +21 jours sur un an pour atteindre 93 jours : sur le court terme, la demande répond ; mais à plus long terme le marché manque de dynamisme.
Bordeaux, Lille et Nice évoluent dans une configuration d’ajustement : les prix y reculent et les délais de vente se réduisent également. Les vendeurs font des efforts suffisants sur les prix pour stimuler la demande. Bordeaux affiche −7 jours sur trois mois mais reste à 85 jours : la liquidité s’améliore légèrement sans que la correction tarifaire ne s’interrompe. Les délais de ventes se raccourcissent aussi de 7 jours à Nice pour atteindre 76 jours. A Lille, la réduction n’est que de 2 jours mais seuls 72 jours sont nécessaires pour vendre son bien en moyenne.
Rennes, Toulouse et Strasbourg face à une reprise plus fragile
Trois villes se trouvent dans une configuration de friction : les prix progressent mais les délais de vente s’allongent. Strasbourg (+3 jours sur trois mois), Toulouse (+2 jours) et Rennes (+7 jours). Les vendeurs maintiennent leurs prix malgré des transactions plus longues. Le cas de Rennes appelle une attention particulière : c’est la ville avec le délai de vente le plus long du Top 11 (107 jours), face à une progression des prix de +1,9 % sur un an, les délais de vente se sont allongés de +30 jours sur un an, signal que l’équilibre entre vendeurs et acquéreurs reste difficile à trouver.
Point positif pour le marché : aucune ville ne se retrouve dans la situation la plus difficile de cumul de baisse des prix et d’allongement des délais de vente : les corrections tarifaires consenties par les vendeurs parviennent à maintenir la demande.
« Prendre en compte le délai de vente permet de dépasser la seule lecture des prix : il révèle si la demande valide ou non les niveaux pratiqués par les vendeurs. En mai, la majorité des grandes villes se trouve dans une configuration favorable, où les acheteurs acceptent les niveaux de prix pratiqués. Mais les signaux divergents de Rennes, Toulouse et Strasbourg indiquent que cette reprise n’est pas encore homogène : dans ces marchés, les vendeurs pourraient être amenés à réviser leurs prix si la demande tarde à se consolider », précise Alexandra Verlhiac, Économiste SeLoger-Meilleurs Agents.
Hausse du crédit : pourquoi la fenêtre d’achat reste ouverte
Depuis mars 2026, les taux d’intérêt des crédits immobiliers ne cessent de progresser, sous l’effet de l’incertitude engendrée par la guerre au Moyen Orient. Pour un prêt à 25 ans, le taux est passé de 3,39 % en mars à 3,6 % en avril, puis à 3,7 % en mai 2026, contre 3,35 % un an plus tôt, soit une hausse de +0,35 point. Cette progression peut freiner les projets d’achat, en particulier pour les primo-accédants proches du plafond de leur capacité d’emprunt.
Pourtant, la durée d’amortissement de l’achat, soit le temps nécessaire pour que l’achat devienne plus avantageux que la location, reste à un niveau convenable et a même légèrement reculé dans plusieurs villes. Pour un appartement de 50 m² avec un crédit sur 25 ans et 60 000 € d’apport, il faut en moyenne en France 6 ans et 1 mois pour amortir les frais liés à l’achat et à la détention du bien, 3 mois de moins que pour le même achat il y a un an. La raison principale : les loyers ont progressé plus vite que les prix à la vente. La location devient relativement plus chère, ce qui raccourcit le délai à partir duquel l’achat s’avère plus rentable.
Parmi les grandes villes, Bordeaux, Nantes et Lille présentent la réduction la plus marquée de cette durée d’amortissement de l’achat : leurs prix ont baissé (respectivement -2%, -1,6% et -2,1% en un an) tandis que les loyers ont augmenté (respectivement +0,9%, +1,3% et +2,2% en un an), ce qui raccourcit mécaniquement le délai à partir duquel l’achat s’avère plus rentable que la location. Saint-Étienne et Mulhouse affichent des durées d’amortissement respectives de deux ans et un mois et 1 an et 7 mois: ce qui facilite la projection pour les acquéreurs.
Un second facteur joue en faveur des acheteurs actuels : les hypothèses de renégociation du crédit. Celle-ci peut se déclencher généralement à partir d’un point d’écart entre le taux de son crédit et celui de marché. Les taux d’intérêt ayant monté depuis l’année dernière, les acquéreurs d’aujourd’hui atteindront plus vite cet écart déclencheur d’une renégociation. Un acheteur d’aujourd’hui pourra donc renégocier son crédit plus tôt dans la vie du crédit qu’un acheteur d’il y a un an, ce qui réduit le coût total de financement et compense en partie la hausse des taux actuels
« La hausse des taux d’intérêt tend à concentrer l’attention sur le coût du financement, mais ce prisme occulte une réalité plus favorable : c’est le différentiel entre la progression des loyers et celle des prix à la vente qui détermine également la pertinence de l’achat. Dans plusieurs grandes villes, ce différentiel joue en faveur des acquéreurs. La fenêtre d’achat reste ouverte ; elle suppose toutefois que les nouveaux taux d’intérêt ne bloquent pas les acquéreurs dans leurs projets si ceux-ci atteignent le taux d’effort maximum de 35% », conclut Alexandra Verlhiac, Économiste SeLoger-Meilleurs Agents.
