Hausse des taux de la BCE : Faut-il boucler son crédit immobilier avant juillet ?
Les banques ont maintenu des taux attractifs en juin malgré la décision de Francfort. Mais la hausse pourrait se répercuter sur les barèmes de juillet, et le taux d’usure menace déjà certains dossiers.
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© KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP
Christine Lagarde, présidente de la BCE, lors de l'annonce de la hausse des taux directeurs
La parenthèse de stabilité monétaire se referme. Pour la première fois depuis septembre 2023, la Banque centrale européenne a relevé jeudi ses taux directeurs de 0,25 point, sur fond d’inflation ravivée par les tensions au Moyen-Orient. Sur le crédit immobilier, pas de coup de massue immédiat : les banques cherchent toujours à financer les bons dossiers. Mais les prochains barèmes, attendus en juillet, pourraient donner le ton du second semestre pour les emprunteurs.
Pourquoi la BCE resserre la vis
La décision était attendue. Après huit baisses consécutives, puis un an de stabilité, la Banque centrale européenne remonte ses taux pour la première fois depuis septembre 2023. Le taux de dépôt, qui fait référence, passe à 2,25 %. Le taux de refinancement s’établit désormais à 2,40 % et la facilité de prêt marginal à 2,65 %.
En cause : une inflation remontée à 3,2 % en zone euro en mai, contre 1,7 % en janvier. La flambée des prix de l’énergie, liée à la guerre au Moyen-Orient, alimente cette poussée. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a précisé que la décision avait été prise « à l’unanimité » et « sans réserve ». La discussion s’est appuyée sur « le choc énergétique majeur » observé depuis mars, dont les effets s’étendent désormais à l’ensemble de l’économie.
Crédit immobilier : pas de choc immédiat
Sur le terrain du crédit, pas d’affolement. Début juin, la plupart des banques ont maintenu leurs taux stables, alors même que la hausse de la BCE était largement anticipée. « Cette décision ne devrait donc pas provoquer de choc immédiat sur les barèmes. Mais elle enclenche un cycle de resserrement après un an de stabilité, avec des effets à attendre sur la capacité d’emprunt des ménages d’ici le second semestre 2026 », explique Julie Bachet, directrice générale de Vousfinancer.
Même lecture chez CAFPI. « Les marchés ont déjà anticipé cette hausse avec des premières légères remontées des taux depuis le début de l’année. Ainsi, l’impact de cette décision devrait être limité dans l’immédiat », souligne Julien Langlade, président de CAFPI. Rien de comparable, selon lui, avec l’envolée de 2022-2023 : « La hausse en cours est très limitée. Les taux ont crû de 0,10 % entre décembre et mai. En 2023, ils augmentaient de 0,20 % par mois », rappelle-t-il.
Concrètement, les taux moyens restent stables en juin : 3,30 % sur 15 ans, 3,50 % sur 20 ans et 3,60 % sur 25 ans, selon Vousfinancer. Une banque nationale affiche même un taux unique de 3,10 % sur 20 ans et de 3,20 % sur 25 ans. Preuve que la concurrence joue encore à plein.
uillet, le vrai test pour les barèmes
Pourquoi les banques restent-elles aussi agressives ? Parce que l’activité patine. Selon la Banque de France, la production de crédits à l’habitat, hors renégociations, a atteint 12 milliards d’euros en avril, contre 12,6 milliards en mars. Soit un recul de près de 5 %, pendant un mois habituellement dynamique.
« Cette hausse des taux de la BCE tombe au mauvais moment, dans une période clé pour les banques », observe Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer. Avant la trêve estivale, les établissements veulent capter des emprunteurs et tenir leurs objectifs de production. Mais la donne pourrait changer dès le mois prochain. « Dans un contexte de volatilité des taux d’emprunt d’État et de reprise du conflit en Iran, elles pourraient toutefois répercuter partiellement cette hausse des taux de la BCE sur les barèmes de juillet », ajoute-t-elle.
Et la suite ? « Les marchés tablent d’ores et déjà sur au moins deux remontées des taux BCE d’ici la fin de l’année. En conséquence, dans l’état actuel du marché, nous envisageons une hausse globale des taux de crédit immobilier d’environ 0,20 % d’ici la fin de l’année », résume Julien Langlade.
Taux d’usure : le piège du second semestre
Dernier point de vigilance, et non des moindres : les taux d’usure du troisième trimestre, attendus d’ici la fin du mois de juin. Depuis le 1er avril, ce plafond réglementaire s’élève à 5,19 % pour les prêts de 20 ans et plus, et à 4,48 % entre 10 et 20 ans. En raison du décalage lié à leur mode de calcul, les taux du troisième trimestre devraient être quasi stables. Un effet ciseau redoutable si les taux de crédit remontent en juillet.
« Certaines banques ont augmenté leurs taux de 0,5 point depuis le début de l’année, et proposent parfois des taux à plus de 4 % ! En période de remontée des taux, ce décalage pose un réel problème : si les taux de crédit augmentent en juillet dans le sillage des taux de la BCE, il y a un vrai risque que certains emprunteurs, avec des profils standards, ne se voient refuser leur crédit à cause du taux d’usure, et pas seulement les plus de 60 ans comme c’est le cas actuellement », conclut Julie Bachet.
Pour les candidats à l’achat, le message est clair. La fenêtre des taux attractifs est encore ouverte, mais elle pourrait commencer à se refermer dès juillet. Rendez-vous fin juin, avec la publication des taux d’usure.
