Crédit immobilier : OAT à 5%, faut-il s’inquiéter ?
L’OAT à 5 % pourrait accentuer la hausse des taux immobiliers, sans entraîner un blocage automatique du crédit. Pour les acheteurs, le budget et les conditions du prêt restent décisifs.
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© Mysweetimmo et IA
- Mercredi 21 octobre, l’OAT à 10 ans a touché 5,005 %, contre 4,90 % le 1er octobre.
- Le franchissement du seuil de 5 % par l'OAT française à 10 ans, un niveau inédit depuis 2002, pourrait, selon CAFPI, accentuer la hausse des taux actuelle : sur 25 ans, les 4 % semblent désormais atteignables d’ici la fin de l’année.
- CAFPI estime que les crédits immobiliers pourraient atteindre 4 % sur 25 ans d’ici fin 2026, contre un taux moyen de 3,58 % obtenu par le courtier en septembre sur cette durée.
L’OAT à 5 % est un signal d’alerte pour les futurs emprunteurs. Elle peut accentuer la hausse des taux immobiliers et réduire leur capacité d’achat. Mais elle n’annonce pas, à elle seule, un blocage du crédit. CAFPI et Finance Conseil soulignent deux points essentiels : les banques ne suivent pas mécaniquement les marchés obligataires, et les conditions de financement restent différentes de celles des précédentes crises.
Une OAT à 5 % ne signifie pas un crédit immobilier à 5 %
L’OAT à dix ans est un emprunt de l’État français. Son taux sert de repère pour les financements de long terme. Selon CAFPI, il a atteint 5,005 % le 21 octobre vers 11 heures, contre 4,90 % le 1ᵉʳ octobre. L’écart avec l’emprunt d’État allemand de même durée dépasse alors 1,5 point de pourcentage.
CAFPI relie cette tension aux finances publiques françaises, avec une dette à 119 % du PIB, à l’incertitude politique avant la présidentielle de 2027 et aux tensions sociales, dans un contexte mondial de hausse des taux.
Lorsque les conditions de financement se durcissent, les banques peuvent relever leurs taux immobiliers pour préserver leurs marges. Mais leurs décisions dépendent aussi de leur politique commerciale, de leurs objectifs de prêts et de la concurrence.
« Mais il faut éviter les conclusions hâtives : une OAT à 5 % ne signifie pas que les crédits immobiliers vont immédiatement atteindre ce niveau. Nous relevons donc notre prévision : les 4 % sur 25 ans nous semblent désormais à notre portée d’ici la fin de l’année, voire difficiles à éviter », explique Julien Langlade, président de CAFPI.
Des conditions différentes de celles de 2008
Finance Conseil invite à distinguer le niveau de l’OAT des conditions réellement proposées aux emprunteurs. Le courtier rappelle notamment que les taux immobiliers restent inférieurs à ceux de juillet 2008, malgré une OAT aujourd’hui plus élevée.
| Indicateur | Juillet 2008 | Octobre 2026 |
|---|---|---|
| OAT à dix ans, pic mensuel | 4,69 % | 5 % |
| Taux de dépôt de la BCE | 3,25 % | 2,50 % |
| Crédit immobilier sur 20 ans | 5,25 % | 3,60 % |
| Taux d’usure sur 20 ans et plus | 7,31 % | 5,40 % |
Repères publiés par Finance Conseil, à partir de données historiques de la Banque de France et de ses propres données.
La comparaison montre qu’un taux d’emprunt de l’État ne suffit pas à prévoir celui d’un crédit immobilier. Pour Finance Conseil, l’enjeu est d’éviter que la tension sur les marchés se transforme en difficulté de financement pour les ménages.
La prochaine décision de la Banque centrale européenne est attendue le 29 octobre. Son taux de dépôt est actuellement de 2,50 %, après la hausse décidée en septembre.
Ce que coûterait un crédit à 4 % sur 25 ans
La hausse reste néanmoins un sujet concret pour les acheteurs. En septembre, CAFPI obtenait pour ses clients des taux moyens de 3,30 % sur 15 ans, 3,51 % sur 20 ans et 3,58 % sur 25 ans. Notre article sur les taux négociés par CAFPI et le pouvoir d’achat immobilier détaille ces résultats.
Si le taux sur 25 ans passait de 3,58 % à 4 %, un ménage empruntant 250 000 euros verrait sa mensualité augmenter d’environ 57 euros, hors assurance.
| Pour 250 000 euros empruntés sur 25 ans | À 3,58 % | À 4 % |
|---|---|---|
| Mensualité hors assurance | 1 262,31 € | 1 319,59 € |
| Coût total des intérêts | 128 693 € | 145 878 € |
Sur toute la durée du prêt, l’écart atteint environ 17 184 euros d’intérêts supplémentaires. À mensualité inchangée, la capacité d’emprunt diminuerait d’environ 11 000 euros dans cet exemple.
« Dans un marché immobilier qui a besoin de retrouver de la fluidité, la hausse des taux en cours devient un frein pour les ménages, en particulier les primo-accédants. Mais les banques ont toujours besoin de financer les projets immobiliers», précise Julien Langlade.
Comment préserver son financement ?
Pour les acheteurs, la première étape consiste à faire actualiser leur budget avant de s’engager. Un dossier complet et la comparaison de plusieurs offres permettent ensuite de connaître les conditions réellement accessibles. Notre décryptage des leviers pour négocier son crédit immobilier malgré la hausse des taux présente les points à examiner.
Il faut également regarder le coût global du prêt, assurance et frais compris. Pour les crédits à taux fixe de 20 ans et plus, le taux d’usure — le plafond légal du financement — est fixé à 5,40 % depuis le 1ᵉʳ octobre. Ce plafond s’applique au taux annuel effectif global, et non au seul taux d’intérêt. Notre article sur les dossiers de crédit fragilisés par la hausse des taux explique ce mécanisme.
Finance Conseil demande, de son côté, de faire évoluer les règles pour maintenir l’accès au financement. « Le logement n’a pas besoin d’un nouveau diagnostic de crise : il a besoin d’un choc de financement. Nous devons permettre aux banques de financer davantage de projets soutenables, en appréciant le reste à vivre réel des ménages et pas uniquement un ratio d’endettement. », souligne Sophie Ho Thong, directrice générale de Finance Conseil.
Le courtier défend trois changements :
- une analyse plus individualisée des dossiers, tenant davantage compte de l’argent disponible après paiement des charges ;
- l’exclusion des crédits destinés à l’investissement locatif des contraintes du Haut Conseil de stabilité financière ;
- un ajustement plus réactif du taux d’usure lorsque les conditions de financement évoluent rapidement.
Ces mesures sont des propositions de Finance Conseil. Pour les ménages qui préparent un achat, la démarche immédiate reste de vérifier la solidité du financement et les conditions du prêt.
« Il ne s’agit pas de céder à la précipitation, mais d’anticiper. Même en cette période de remontée des taux, un dossier et un projet bien préparés continuent d’offrir des conditions de financement favorables, qui peuvent permettre d’économiser plusieurs milliers d’euros sur un emprunt. Dossier complet, offre de prêt sécurisée, condition suspensive réaliste : ce sont aujourd’hui les meilleures protections », conclut Julien Langlade.
